Hérodote et les mondes parallèles
Chers amis, j'ai eu un accident ; d'où ma très longue absence par ici. Mon trirème s'est échoué non loin d'une antique cité appelée King's Landing. On l'appelle aussi parfois Port-Réal en Valyrien. J'ai eu beaucoup de chance ; même si ce bon vieux Platon est toujours là à me faire des repproches, j'ai failli perdre toutes mes notes, tous mes parchemins dans un réel déluge. Hermès m'a joué un tour en me transportant dans un monde parallèle, tourbillons, vagues et mauvais courants, j'ai traversé la mer extérieure dans un tumulte et une crainte sans pareils. Bref, voici de quoi écrire des Histoires Parallèles ; le sous-titre en serait "les aventures d'un quidam dans un monde sanguinaire et magique", préfacé par Mestre Pycelle, un homme charmant qui m'a recueilli et logé, parmi tous ces abrutis pallatiaux.
J'ai donc visité cette nouvelle contrée, immédiatement cartographiée par mes soins et de ceux d'un petit batard du nord, un certain Jon Snow.
Il y a quelque chose de très intér
essant ici : ce monde parallèle est aussi géographisé que le notre ! Ses créateurs sont des gens biens. On ne peut que remarquer la très forte territorialisation, ou appropriation, de chacune des couronnes qui composent le royaume de Westeros.Chaque famille contrôle une région, et jusqu'à là, rien d'original. Mais la géographie de Game of Thrones révèle un espace entièrement forgé par et pour la famille qui le contrôle. Tout d'abord, chaque famille tire son emblème d'un aspect spatial de sa région d'origine : les Stark ont pour emblème le loup géant, animal du nord ; les Tyrell affichent la rose, sur leurs armoiries ; signe évidemment de la fertilité de leurs prairies et du climat ensoleillé du sud ; les Greyjoy ont choisi le Kraken, animal mythologique marin -ils règnent sur une île, sont une population de pêcheurs et de marins, vivant dans des temps moyenageux : ce sont des supersticieux. Il en va de même pour le choix des armoiries de chacunOriginalee des familles. Autre élément de marquage territorial comme l'on dit : la toponymie. Les Lannister en sont les spécialistes : Lannisport, Feastfires (le feu est considéré comme l'un de leurs attributs par G. Martin, l'écrivain de la série), Golden Tooth (ils sont propriétaires de mines d'or : le lion de leur emblème est d'or). Les Stark le font également puisque du nom du chef-lieu de la province du Nord, Winterfell, est à l'origine de leur devise "winter is comming".
C'est surtout un espace très politique : il est source de nombreux conflits comme tout le monde le sait, mais il est surtout en proie à des dynamiques de centralité qui structurent tout Westeros. Le centre est bien entendu King's Landing : centre géographique, entre nord et sud, mais aussi centre politico-économique. La province de Casterly Rock est elle aussi centrale, à proximité immédiate et sous la même latitude que les terres du Roi. On comprend donc bien pourquoi ils sont si proches du pouvoir ... Les deux provinces semblent être comme les deux faces d'une même carte, qui se supperposeraient plus ou moins. La province du nord est la plus vaste, presque égale en superficie à toutes les autres. Lord Stark, bien que loin du centre,est un homme extrêmement puissant ; sa situation périphérque n'est que factice, d'autant plus qu'il est à proximité de la seule frontière terrestre de ce royaume : le Mur.
Le Mur rappelle bien évidemment toutes nos frontières actuelles matérialisées par un mur, trop nombreuses : Israël/Palestine ; La Linea et tant d'autres, et a la même justification que nos constructions contemporaines : se protéger des envahisseurs.Il instaure un dedans, un dehors, ceux que l'on considère comme l'autre absolu (les sauvageons, équivalents des barbares pour nous les grecs), étant à l'extérieur, alors même qu'ils ont les mêmes origines que les hommes du Nord.Ce qui fait la différence entre ce dedans et ce dehors c'est la traditionnelle opposition nature/culture : les sauvageons sont, pour les habitants de Westeros, l'expression même de la nature et du primitif : habillés de peaux d'animaux, violents,proches des animaux et des forces de la nature, brûlant le corps de leurs morts (alors que les enterrer étaient pour nos civilisations l'une des premières formes d'humanité) vivent dans des grottes ou dans la forêt. Mais encore une fois ce n'est qu'une question de perception, puisque les autres, au sud du mur, ont quelque chose de l'humain dans toute sa cruauté : perfidie, machiavélisme, haine, violence, domination (chose qu'on ne retrouve pas au Nord) ... Alors qu'en apparence ils ne veulent paraître que raffinement et intelligence. Peut-être vaut-il mieux être considéré comme un animal ou comme un sauvage dans le monde de Game of Thrones ... On pourrait penser que ce fameux Mur est une réinterprétation de toutes les valeurs civilisationnelles qui ont construit nos cultures occidentales, dans une ambivalence entre civilisation et barbarie, entre culture et nature. Une métaphore finalement assez classique, en littérature ou au cinéma, mais rare dans une série. Et la dimension spatiale est telle dans GoT qu'elle vaut la peine d'être soulignée.














La chaleur a ici un sens très paradoxal, elle a quelque chose de mortuaire. Le centre du film est sans aucun doute le républicain caché dans la bergerie, puisqu'il réunit les enjeux politique et psychologique du film, qui se penche avec beaucoup de finesse sur le pouvoir de l'imagination infantile. Dans cet environnement immobile, fade et triste, même mortuaire, l'imagination des enfants, et surtout celle de la petite Ana est l'unique moyen de s'évader. C'est cette imagination qui la conduit jusque dans ce sanctuaire où se cache le républicain. Les deux soeurs apparaissent ainsi comme deux forces de vie, comme les seuls échapatoires mais aussi les seuls espoirs de cet univers étouffant. C'est pourquoi le personnage du républicain est intéressant. Caché, cassé, affamé, il est l'Espagne - républicaine, bien entendu- meurtrie, que la petite Ana vient soigner et nourrir. Ce film est un éloge de l'enfance, de ses capacités d'imagination et d'invention de l'avenir, une enfance qui croit encore, comme dans un rêve, que tout est possible. Un message qui, deux ans avant la mort de Franco, ayant passé la censure, ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd. En définitive, c'est un grand film qui parle des petites gens. Il rappelle aussi bien entendu l'incroyable pouvoir du cinéma : lui qui réveille l'imaginaire, il est ici salué pour ses pouvoirs libérateurs : pour Erice, on pourrait presque dire que cinéma est synonyme de liberté.

